Nimporte Quoi
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L’impact des retombées radioactives sur les créatures marines n’est pas aussi nocif qu’on le croyait

11 mai 2019
Le carbone-14 est créé naturellement lorsque les rayons cosmiques interagissent avec le nitrogène de l’atmosphère, mais il peut aussi être créé artificiellement par l’explosion d’une bombe nucléaire lorsque les neutrons libérés par la bombe entrent en collision avec le nitrogène atmosphérique. Les nombreux tests nucléaires effectués durant les années 1950-1960 ont fait temporairement doubler les niveaux de carbone-14 dans l’atmosphère. Ceux-ci sont rapidement redescendus lorsque les tests ont cessé vers les années 1990 pour retourner à un niveau seulement 20% de plus élevé que leurs niveaux pré-nucléaires. Le carbone radioactif retombait alors sur la surface de l’océan où il était absorbé par les créatures marines; les scientifiques ont d’ailleurs décelé un niveau plus élevé de carbone-14 aussitôt après l'explosion de la première bombe nucléaire.

Les chercheurs, dirigés par la géochimiste de l’Académie Chinoise des Sciences Ning Wang, ont utilisé les traces de carbone radioactif provenant des bombes nucléaires pour analyser les amphipodes vivant en eau très profonde soit à environ 6 kilomètres (4 milles) sous la surface. Les petits crustacés ont été collectés en 2017 dans trois fosses de l’Océan Pacifique - Mariana, Mussau et New Britain - à des profondeurs allant jusqu’à 11 kilomètres (7 milles) sous la surface. Les experts ont été étonnés de découvrir que les niveaux de carbone-14 dans les muscles de ces amphipodes étaient beaucoup plus élevés que chez les amphipodes collectés dans la matière organique flottant en eau moins profonde.

En analysant le contenu de l’intestin des spécimens vivant dans les profondeurs, ils ont découvert que les niveaux de carbone radioactif étaient très élevés et équivalaient aux niveaux de carbone-14 trouvés dans les matières organiques près de la surface de l’Océan Pacifique. Ces découvertes suggèrent que les amphipodes se nourrissent sélectivement des détritus provenant de la surface qui sont tombés au fond de l’océan plutôt que de choisir les sources de carbone non radioactifs qui sont dans les sédiments tout près.

Les amphipodes, de minuscules crustacés, vivent, en effet, en fouillant les organismes morts et les déchets marins. Ceux vivant dans les eaux peu profondes vivent moins de deux ans et mesurent en moyenne 2 centimètres (0,8 pouces) tandis que ceux vivant dans les profondeurs vivent plus de 10 ans et mesurent 9,1 centimètres (3,6 pouces) de longueur. Ces derniers ont évolué de manière à ralentir leur métabolisme de façon à pouvoir survivre dans les conditions extrêmes prévalant dans les fosses profondes de l’océan. Ces abysses aussi profondes sont trouvées dans d’étroites dépressions qui se forment aux endroits où les plaques tectoniques se chevauchent. Les animaux qui vivent dans ces fosses étroites doivent absolument s’être adaptés à cet environnement hostile où les pressions sont intenses et où l’eau est extrêmement froide. Ils doivent aussi être capables de faire face au manque de lumière et à la pénurie de nutrients.

Les scientifiques croient que la grosseur et la longévité des amphipodes vivant dans les profondeurs est la résultante des mêmes adaptations évolutives qui leur ont permis de vivre dans cet environnement aussi hostile. Un métabolisme ralenti et un bas taux de remplacement cellulaire permettrait aux petits crustacés d’emmagasiner l’énergie durant de longues périodes. Cependant, une telle longévité signifierait aussi que les polluants ont l’opportunité de s’accumuler à un niveau plus élevé chez ces créatures inhabituelles. Ceci entraîne une plus grande menace pour les écosystèmes les plus reculés, selon Mme Wang.

Il y a une très forte connection entre la surface et les profondeurs en terme de système biologique, de l’avis de Weidong Sun, lui aussi géochimiste à l’Académie Chinoise des Sciences de Qingdao et co-auteur de l’étude. L’activité humaine affecte les biosystèmes jusqu’à 11 000 mètres donc, selon lui, nous devons être prudents face à nos comportements. « Ce n’est pas ce à quoi nous nous attendions, mais c’est compréhensible, puisque c’est contrôlé par la chaîne alimentaire, a-t-il ajouté. La circulation océanique met, en effet, environ 100 ans avant d’apporter l’eau contaminée par le carbone-14 radioactif en surface dans les fosses les plus profondes, mais la chaîne alimentaire atteint ce résultat beaucoup plus rapidement.

« Ce qui est vraiment nouveau n’est pas seulement que le carbone de la surface de l’océan peut atteindre les profondeurs de l’océan sur un relativement court laps de temps » a déclaré Rose Cory, une scientifique de la terre de l’Université du Michigan impliquée dans l’étude. La plus grande nouvelle est cependant comment « le nouveau carbone produit à la surface de l’océan ravitaille ou soutien la vie dans les fosses les plus profondes. »

Qui l’eut cru!

Crédit : dailymail.co.uk